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Le doyen de la peinture souirie

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Le doyen de la peinture souirie

Message  Ibrahim le Ven 29 Avr - 12:51






doyen de la peinture souirie et l'un des pionniers de la peinture contemporaine marocaine, Boujemâa Lakhdar, né en 1941 dans la Cité des Alizés, s'initia en autodidacte à l'art dès son jeune âge. Par son oeuvre et son intérêt pour la culture, il compte parmi les personnalités et les artistes les plus marquants de la scène picturale et culturelle.

Tout en développant son activité artistique, il achève avec succès ses études universitaires à la faculté des sciences de Rabat. En 1980, il fut nommé conservateur du musée Sidi Mohammed Ben Abdellah d'Essaouira, auquel il a contribué activement à sa création. Il a en parallèle suivi des études de sociologie à Rabat et d'ethnologie à Paris.

Fortement inspiré par les arts et les traditions populaires du Maroc, le défunt Lakhdar se consacra à des recherches dans différents domaines tels la magie populaire, les chants traditionnels, la sculpture, l'artisanat et l'histoire de sa ville pour laquelle il vouait une passion particulière.

En tant qu'artisan et artiste, il a toujours réussi à étonner par la créativité et l'originalité de son oeuvre. Dans ses sculptures, il introduisait avec soin et souplesse des figures géométriques ciselées dans des plaques en cuivre.

Initié aux pratiques des anciens artisans, par le biais de l'observation participante, il sut maîtriser et faire la synthèse de leur savoir ancestral dans des compositions artistiques fort savantes. C'est le cas de son insolite astrolabe musical, entre autres objets ésotériques.

Pendant ces trente années, il n'a cessé de créer. Depuis 1959, il a exposé dans plusieurs villes du Maroc, et aussi en France, à l'occasion de la sixième Biennale de Paris. Le couronnement de sa longue carrière artistique fut en 1989, date de son décès, avec la sélection de quelques unes de ses compositions pour l'exposition universelle intitulée ""Les magiciens de la terre"" au Centre Beaubourg à Paris, où il fut le seul représentant du Maghreb.

Sur l'oeuvre de Boujemaâ Lakhdar, l'écrivain Mohamed Sijilmassi disait que ""c'est un univers ambigu, magico-mystique qu'il transpose dans ses sculptures-objets, où le bois, le cuivre, l'argent, la peau, la toile, le papier s'ordonnancent avec une certaine provocation pour recevoir des signes-symboles qui seront gravés, peints, incrustés ou ciselés.

Et d'ajouter que ""cherchant délibérément ses formes dans ce réservoir inépuisable de culture arabo-berbère et africaine, il renoue avec le langage oublié des signes, des symboles et des mythes qui constituent la trame de ses oeuvres"".

Né au début des années quarante à Essaouira dans un milieu modeste, Lakhdar est très tôt influencé par sa ville de naissance. Enfant déjà, il ramasse le bois flotté sur le rivage, compose d'étranges sculptures avec les déchets de cuir des tanneries. Les alizés apportent des images lointaines et dans les ruelles flotte le souvenir d'influences mêlées, arabes, berbères, juives, andalouses, africaines. Entre la cité des vents et le jeune Lakhdar naît une véritable histoire d'amour qui rendra l'homme indissociable d'Essaouira.
L'esprit vif, curieux de tout, Lakhdar obtient tous les baccalauréats de son époque : mathématiques, sciences expérimentales, lettres modernes. Puis, il suit les cours de mathématiques supérieures et spéciales à Casablanca, au lycée Lyautey. Cet attrait pour les sciences ne l'empêche pas de lire les auteurs classiques, d'aimer la philosophie. Avec ses amis, il débat des heures durant les idées de Sartre et de Camus. Alors qu'une carrière stable s'offre à lui - il aurait pu être topographe - il s'interroge sur le sens profond de la vie... et décide de se consacrer exclusivement à l'art, auquel il voue une réelle passion. Il rentre à Essaouira, s'installe dans sa maison natale, 18 impasse Ahmed Baba Soudani. Là, il crée un atelier ainsi qu'une galerie qui deviennent rapidement un lieu d'échanges et de rencontres. Mahjouba Moummad, qu'il nomme Halima, la clémente, devient sa compagne.

L'artiste
Peintre autodidacte, Lakhdar vit des années cinquante aux années soixante sa période figurative. Dès 1959, il expose à Bab Sbaâ, une galerie d'Essaouira. Puis à Marrakech, Casablanca, Rabat et Fès. Enfin en France, en 1969, à la 6e Biennale de Paris. Ses oeuvres sont ésotériques, mais parlent un langage universellement compréhensible.
Délibérément, il s'adresse à tous, aux enfants, aux paysans, aux fous même, qu'il invite parfois à ses expositions. Il parle au coeur, à l'inconscient collectif, à nos racines profondes. Il crée un lien entre le tellurique et le cosmique et déclenche ainsi l'émotion. Lui-même disait de l'art : « C'est une notion ambiguë, simple et complexe à la fois. Mais on peut dire que l'art est une prière énigmatique devant l'absolu, formée de signes et de symboles et qui est l'expression de la transparence magique de l'universel ». Universel, certes, mais le cordon ombilical avec la terre natale, invisible, reste toujours présent. Peintures, sculptures évoquent Essaouira et recréent, le temps de la contemplation, son atmosphère parfois irréelle.

L'artisan
Proche des maîtres-artisans - bijoutiers, graveurs, menuisiers... - Lakhdar travaille avec eux, s'émerveille. Il dira : « La communication de l'artisan avec la matière est intense : c'est un travail qui se réalise lentement, de telle sorte qu'il y ait imprégnation. On parle à ce propos de la
« gana » des maâlem (l'humeur des maîtres) ». Peu à peu, Lakhdar délaisse les toiles, trop restrictives à son gré, et devient lui aussi sculpteur, ébéniste, bijoutier. Il réalise des « meubles » étranges, fantasmatiques, aux dimensions mythologiques, tables, astrolabes, trônes... Il écrit : « Derrière chaque oeuvre il faut dire qu'il y a une longue histoire, l'histoire de mon discours mimé qui me dérange et celle d'un grand rêve qui n'a ni début ni fin. C'est donc l'histoire d'un thème que j'ai incrusté, peint, marqueté, brodé, sculpté... chaque fois que je suis en transe ». Et ce savoir, il le transmet par ses créations, mais aussi en donnant des cours de marqueterie aux élèves du centre de formation professionnelle.

Les symboles
Lue ce soit dans ses peintures ou ses sculptures, Lakhdar reste fidèle à la formule de Klee : « L'art ne reproduit pas toujours ce qui est visible, mais rend visible ce qui ne l'est pas toujours ». Ainsi, apparaissent dans son oeuvre autant de symboles, certains venus du fond des âges, de ceux que l'on découvre sur les parois rupestres : cercle, disque solaire, ceil, mais aussi gazelle, aigle, tortue, serpent... Tous font partie de la culture ancestrale, on les retrouve dans les contes populaires. Ils marquent profondément l'inconscient. Dans un texte, « L'empire des signes », paru dans une encyclopédie, Lakhdar écrit : « Le dynamisme de la créativité populaire est tel que les formes et les signes qui surgissent du fond des siècles, probablement tous liés à des pratiques magiques, ne meurent pas, même occultés, refoulés, écrasés. Des signes gravés sur les roches du Haut-Atlas et de l'Anti-Atlas, il y a trois à quatre mille ans, surgissent aujourd'hui encore quotidiennement dans les productions populaires traditionnelles. Ils se mêlent à d'autres signes produits plus récemment ».
Il étudie la calligraphie, les différentes écritures, arabe bien sûr, mais aussi tifinagh, les alphabets ésotériques de Noé, de Bamoussya.. . Les correspondances avec l'astrologie et la magie le fascinent et les petits « livres jaunes » des magiciens lui dévoilent leurs secrets.

La musique
Lakhdar, qui se passionne pour la transmission orale des contes, s'intéresse tout autant à la musique.

En ce domaine, la région d'Essaouira présente un patrimoine extrêmement riche. Ainsi, note Lakhdar : « À Essaouira et dans les environs, on trouve les musiciens, les chanteurs et les chanteuses de la tradition amerg et ahouach chez les Haha, l'aïta chez les Chiadma ». L'amerg est une chanson des tribus berbères, accompagnée de plusieurs instruments, bendir, gembri, ribab, nakos. Dans l'ahouach, s'ajoute le son d'une flûte. En ville, fruit d'influences berbères, juives et arabes, la musique andalouse a aussi sa place. En ce qui concerne le malhoun, poésie en arabe dialectal, Lakhdar avait émis la Ihèse, controversée, de l'existence d'une école souirie à la fin du XIXe siècle, menée par Mohammed Ben Sghir.

Lakhdar a également écouté les musiques rituelles des Hmadcha, dont le rassemblement, ou moussera, a lieu chaque année en juillet : « La hadra est un rituel, non un folklore (...) On va à 1a zaouia pour participer à une cérémonie religieuse dans laquelle la musique sacrée est un moyen et non une fin en soi. Comme dans d'autres rites sacrés, la musique permet d'atteindre certains états spirituels selon le principe soufi du sarnaâ... ». On retrouve la transe dans le rituel gnaoua, qui a rendu Essaouira mondialement célèbre avec son Festival de Musique dont le succès ne se dément pas. De nombreux Noirs venus d'Afrique - Gnaoua signifie « Guinéen » - avaient travaillé dans la région dans les fabriques de sucre, et ce jusqu'au XVIe siècle, apportant avec eux leurs coutumes et traditions, notamment leurs rites de possession à l'effet thérapeutique. Lakhdar écrivit de nombreux articles à ce sujet, tout comme il décrivit les chants des fêtes religieuses, telle celle de l'Achoura, début de l'année musulmane, ou bien l'aïta, ancien chant bédouin... Lakhdar n'eut de cesse de valoriser et de faire connaître ces musiques. Ainsi, il fit coïncider l'ouverture du Musée des Arts et Traditions Populaires, en 1980, avec le premier Festival intitulé « La musique d'abord » et il accompagna les Hmadcha au Festival des Musiques Sacrées de Nanterre en 1984.

Conservateur de musée
Au début des années quatre-vingt, Lakhdar est nommé conservateur du Musée
Abdellah, du nom du souverain souverain qu'il avait représenté tableau, immense... Déjà publiées dans de nombreuses revues et dans la presse, Lakhdar va pouvoir faire de ce musée un endroit vivant et partager son engouement et ses connaissances avec le public. Sous la direction de Georges Lapassade, professeur de Sciences de l'Éducation à Paris VIII et d'Anthropologie Maghrébine à Jussieu, il prépare une maîtrise sur l'enseignement de l'incrustation à Essaouira. Très proche des confréries populaires, Lakhdar participe aux soirées de musique et de transe. Il se livre en même temps à un travail d'ethnologue, prend des notes, assemble des renseignements. Lapassade se souvient que « c'était sa manière de pratiquer l'ethnologie, non pas comme un observateur extérieur des rituels, mais au contraire comme un participant qui les vivait de l'intérieur ». Dans les notes de Lakhdar, on peut lire cette constatation à propos des tatouages corporels que pratiquent les femmes, les nakkachas : « Ces formes et symboles ont une grande ressemblance avec ceux employés dans le tatouage, la poterie, la tapisserie et même la bijouterie. Il est donc frappant de constater avec quelle fluidité ces « signes-migrateurs » ou « signes-transe » ont pu essaimer d'un système sémiotique à un autre ». Phrase qui résume à la fois son travail de chercheur et d'artiste. Sans cesse en quête du signe, précurseur, il utilise une caméra et filme danses et transes. Hélas, la plupart de ces films ont été détruits par le temps et le mauvais entretien. Quel mécène pourra sauver ce qui est encore possible de l'être? Car ce sont des témoignages uniques qui sont menacés...

Le bâtisseur
À Aït Yassine, à 13 kilomètres d'Essaouira, dans le pays Haha, sur la route d'Agadir, Lakhdar construit lui-même sa maison avec les matériaux du terroir. Dans la forêt de l'arganeraie, c'est une nouvelle oeuvre d'art qu'il érige ainsi, compositions artistiques, peintures, sculptures, avec toujours cette cosmogonie qui lui est propre et son bestiaire fantastique. Le lieu mérite d'être classé monument historique, afin que soit assurée sa préservation et sa mise en valeur. Cela ne pourrait qu'enrichir le patrimoine culturel déjà si varié d'Essaouira et permettrait à un public plus large de découvrir un homme aux multiples facettes, si représentatif à la fois de sa région mais également de la culture marocaine. D'ailleurs, en accord avec l'épouse du peintre, propriétaire des lieux, le cinéaste iranien Hamid Fardjad vient de rénover cette maison, « Dar El Baz », qui est maintenant ouverte au public.

Hommage :
En 1989, Lakhdar rencontre enfin une consécration méritée. Il est le seul représentant du monde arabe à participer à une exposition qui fera date dans l'histoire de l'art : « Les Magiciens de la Terre » à Paris, au Centre Georges Pompidou. Il meurt la même année des suites d'une douloureuse maladie. On ne rendra jamais assez hommage à cet homme d'exception dont l'humilité et la modestie ont marqué ceux qui le côtoyèrent. Il a su rapprocher art et artisanat, souligner le sacré. Ainsi, mystique et quotidien alternent dans cette vie et cette oeuvre en un va-et-vient permanent qui évoque le flux et le reflux des vagues sur la côte rocheuse d'Essaouira.




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