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haddarates d'essaouira.

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haddarates d'essaouira.

Message  My Ahmed Jebli le Mer 21 Sep - 17:55













Haddarates d'Essaouira

Le chant des femmes d’Essaouira



Les haddarates

A Essaouira, la tradition des haddarates remonte loin. Leur nom dérive de hadhra, qui signifie « présence divine », et désigne la phase chaude marquée par l’extase chez les confréries religieuses. Elles pratiquent un chantspirituel qui induit la transe, en animant les nuits bleues qu’on appelle hadhra , et qui s’apparentent à la fois au rabbani (danse extatique des Aïssaoua) et à la lila (rite de possession des Gnaoua ) . Cette hadhra féminine constitue un véritable syncrétisme religieux entre les Aïssaoua et les Gnaoua. Cependant, leur rôle social ne se limite pas à la thérapie par la transe puisqu’elles accompagnaient toutes les forms et manifestations de la vie musicale à Essaouira et tous les rites de passage qui scandaient la viequotidienne des groupes et des individus : naissance, circoncision, mariage, mort…

La musique des Haddarates est une musique de transe féminine. Une musique fortement imprégnée de spiritualité., nous dit,Latifa Boumazzourh : « Mon arrière grand-mère paternelle fut une haddara. Aujourd’hui, nous sommes en train de fournir des efforts considérables pour faire renaître cet héritage culturel et religieux. A Essaouira, nous avons constitué une association de femmes haddarates dont je suis la présidente. C’est le besoin de promouvoir et de sauvegarder cette richesse sacrée, ces grands moments de joie et de communion vécue par nos grand-mères. C’est le fait de répéter le dhikr qui crée la hadhra, la présence divine ; ce sentiment d’élévation, d’amour et de paix intérieure.. »

Le Dhikr est un ensemble d’invocations, de versets coraniques, de demande de pardon, de Noms divins, de prières sur le Prophète Ce Dhik , du nom d’ Allah doit se dire avec la présence du cœur jusqu’à ce qu’à ce que seul le sens du mot demeure . La durée de l’expérience se mesure par le nombre de répétitions. Le calcul se fait à l’aide des grains d’un chapelet (Subha).C’est la mention incessante de Dieu, l’oubli de tout ce qui n’est pas Dieu : « Remémores – toi (udhkur) ton Seigneur quand tu auras oublié. » . C’est sur ce texte coranique et quelques autres semblables qu’est fondée la justification du Dhikr, terme habituel de mystique musulmane qui signifie tout à la fois le souvenir (de Dieu), et la mention faite du souvenirLes réunions du Dhikr constituent une dimension essentielle de la Tariqa(voie soufie). La plupart des soufis en font la « voie d’accès » la plus sûre. Il existe deux traditions, celle du Dhikr solitaire, et celle du Dhikr collectif. Tout dépend du stade de l’initiation atteint. Le Dhikr pratiqué en solitaire sera, de préférence reservé à qui a déjà fait des progrès dans la « voie », ça sera « Dhikr al Khassa »( des élites). Les débutants, et surtout ceux qui sont incapables d’aller au-delà de « l’écorce extérieur », devront se contenter du Dhikr collectif.L’Imam Al Ghazâli nous dit que le Dhikr a trois écorces qui vont se rapprocher du noyau : l’écorce extérieure n’est que le Dhikr de la langue. Or il en est deux autres : le Dhikr du cœur et le Dhikr de l’intime(Sirr). Selon Ibn Âta’ Allah « le Dhikr est un feu. S’il entre dans une demeure, il dit : c’est moi, non un autre ! S’il y trouve du bois, il le brûle, s’il y trouve des ténèbres, il les change en lumière ; s’il y trouve de la lumière, il y met lumière sur lumière ».Le soufisme plonge ses racines dans le Coran, riche en allégories qui nourrissent la méditation silencieuse des soufis. Parmi les sourates qui jouèrent un rôle privilégié dans la méditation soufie, la « sourate de la lumière » est l’une des plus importantes et les plus belles :Dieu est la lumière des cieux et de la terre. Sa lumière est semblable à une niche où se trouve une lampe. La lampe est dans un verre pareil à un astre étincelant qui s’allume grâce à un arbre béni : un olivier qui n’est ni de l’Orient ni de l’Occident et dont l’huile brillerait sans qu’un feu la touche, ou peu s’en faut.Lumière sur lumière. Dieu dirige vers la lumière qui il veut. Il propose aux hommes des paraboles. Dieu connaît parfaitement toute chose.Le thème de la lumière est une des constantes de l’enseignement soufi, comme du Coran. C’est elle qui pénètre dans les cœurs qui s’ouvrent à Dieu. Elle se présente chaque fois comme une force spirituelle, un appel à la vie intérieur.

Les effets du Dhikr :

La pratique du Dhikr peut provoquer chez le disciple certains états spirituels. Ces états sont liés au fait que notre cœur a perdu l’habitude de la lumière divine. Il est comme une chambre sombre, entourée d’une couche de rouille qui l’isole de cette lumière. Il suffit que la rouille se détache en un seul endroit, grâce au patient travail de polissage effectué par le Dhikr , pour que la lumière divine envahisse le cœur, submergeant tout sur son passage. Lorsqu’elle survient, la chambre du cœur tout entière s’illumine soudainement, et le disciple ressent une intense saveur, qui peut parfois provoquer chez lui des réactions corporelles comme des cris, des pleurs, des rires, ou de brusques mouvements des membres. L’origine de ces phénomènes est réellement divine, et donc lumineuse.En tant que moyen d’accès à la présence divine, la pratique du dhikr est donc tout à fait centrale dans la Voie. A un disciple qui l’interrogeait, Sidi Hamza répondit un jour en montrant son chapelet : « il en a qui cherchent des mystères, mais en réalité, tout est là ». L’homme heureux dans ce monde est celui qui est orienté vers Dieu et qui invoque Dieu. Le Dhakir(l’invocateur), est heureux, car tout ce qui lui arrive est dicté par Dieu. Tout ce qu’il fait, il le fait au nom de Dieu. Et Dieu ne fait que le bien.

Les Haddarates d'Essaouira, recourent au Dhikr en tant que disciples de la voie mystyque du Hadi Ben Aïssa, le maître spirituel des Aïssaoua.La généalogie de Rabiâ haîl comporte trois générations de haddarates : la hadhra circule dans ses veines : le dhikr le chant sacré qui a bercé son enfance est encore omniprésents dans sa vie quotidienne : « Les premiers habitants d’Essaouira avaient le hal. Ils s’adonnaient à la musique des Gnaoua et aux chants des haddarates. Les Gnaoua pour les hommes et les haddarates pour les femmes. Il n’y avait pas de mixité dans le temps. Pour que leurs femmes ne soient pas mêlées aux hommes, la plupart des familles faisaient appel aux haddarates plutôt qu’aux Gnaoua.»








Comment se déroule la hadhra ?




La procession : l’aâda.




"C’est quoi la « Âada » ? Demandé-je à maâlem âssouli. Quand les haddarates sont invitées à animer une hadhra domiciliaire, elles portent des tuniques (darraîa) aux sept couleurs de la transe, pour se distinguer, ainsi des chikhates qui pratiquent le chant profane et portent des caftans bariolés. Munies de leurs instruments de percussion, elles se présentent au seuil de la maison cliente, qu’elles abordent par une prière d’ouverture (fatha). La maîtresse de maison, les accueille avec du lait, des dates, des encenses et de l’eau de rose : « Nous prions pour que nos pas soient bénis et porteurs de baraka, explique Rabiâ haïl. Puis nous entamons notre procession (l’entrée dans le foyer), en jouant de nos instruments de percussion et en chantant :

"La « Âada », c’est l’accueil, me répondit-il. On se réjouit de l’arrivée des esprits. Le lait est offert aux esprits. Les dattes sont offerts aux esprits. En frappant les tambours ; on invite les esprits à nous rejoindre."




Ahya dar cheikh, ahya dar laânaya

Wila ghab cheikh, aouladou hnaya




Voici la demeure du cheikh, sa bienfaitrice demeure

Et si le cheikh n’est pas là, ses enfants le sont !




Une fois à l’intérieur on chante:




Rada oua Rada, Sidi Jab El âada

Rada ô Rada, Monsieur a amené la procession




Puis on s’installe au patio de la maison cliente. On a déjà sacrifié et les invités sont déjà là. Quand il y a la gasaâ (plat de blé tendre)on aborde la chelha (la berbère) . Aïcha Zaïter, la moqadma actuelle des Haddarates d’Essaouira nous chante ce morceau dit de la Chelha :




Laâfou ! Laâfou y rijal Allah !

Laâfou y a meriem chelha ! Laâfou!




Guérison ¡ Guérison, ô hommes de Dieu ¡

Guérison ! Guérison ô marie la berbère ! Guérison !




Bein zellij maâ rkham darouni !

A lalla fatim zahra !

Harmt hibt babak ma ikhalliini !

A lalla fatim zahra !

Bein zellij maâ rkham darouni !

Ya bou âlam daouini!

A lalla fatim zahra!

Ghara, Ghara, ya bou âlam daouini!




C’est entre les carreaux de marbre qu’ils m’ont enfermée!

O Lalla Fatim Zahra !

Que l’enceinte sacrée de votre père ne m’abandonne pas !

O Lalla Fatim Zahra !

C’est au milieu du marbre qu’ils m’ont enfermée!

Guéris-moi, si tu le pouvais, ô porte étendard !

Ô lalla Fatim Zahra ; guéris-moi !





La nuit de la hadhra




Pour les soûfis , les séances de hadhra, doivent déclencher l’extase , rapprochant ainsi le cœur de l’homme de son Dieu.L’état d’extase, qui a lieu au cours de la cérémonie de la hadhra, qui signifie « présence divine ». L’’état où l’homme est relié à Dieu. L’extase, c’est aussi l’audition des cœurs. Dieu très Haut a dit : « Certes, ce ne sont point les yeux qui sont aveugles, mais aveugles sont leurs cœurs dans leur poitrine… »

Le fait à retenir, c’est que le procédé principal de mise en extase reste le chant d’une psalmodie à vocabulaire coranique. C’est du Coran, constamment récité, médité, pratiqué, que procède le mysticisme islamique, dans son origine et son développement. Le mysticisme islamique y a puisé ses caractères distinctifs : récitations en commun et à voix haute (dhikr, raf’ al sawt), institution de séances religieuses de récollection (majâlis al dhikr), des thèmes de méditations apparentés, en prose et en vers, se trouvent récités.De bonne heure, ces séances évoluèrent vers le type du « concert spirituel » ou « oratorio »(samâ’) : développant la partie « affections » de la méditation collective. Issu du désire légitime d’entrer en rapport « liturgique » avec Dieu, de revivre, grâce à une psalmodie collective et solennelle, le dialogue indirect de l’ange avec Dieu, écouté et obéi, avec une ferveur muette par l’âme consentante du Prophète – « le concert spirituel » n’était pas sans périls. Les maîtres en mystique l’avaient dit et redit : la maîtrise de soi d’une âme humble y était la condition requise, pour attirer la grâce et faire entrer l’âme en extase(wajd).

Le raqs, danse extatique de jubilation : on connaît la danse circulaire des Mevlévis , au son du nay, considéré comme une imitation des rotations planétaires. Il y a aussi le tamzîq « déchirement des vêtements » par l’extatique, pendant sa transe(voir les Aïssaoua de Meknès)

Le wajd soufi est à la fois l’extatique pris par Dieu et « cet instant hors du temps », ce « choc mental » qui tire l’âme hors d’elle – même et hors de la durée, pour se retrouver « perdue » en une présence suprême.

Parole d’Al – Nûri : « l’extase est une flamme qui naît dans l’intime de l’être ; elle s’élance d’un désir passionné, et quand elle survient, les membres corporels sont agités de joie ou de peine. »

Un autre soufi a dit : « l’extase est comme un message de la Vérité suprême, annonçant cette belle nouvelle : la montée vers la station de la vision de Dieu. »

La personnalité du soufi et comme possédée et volatilisée par Dieu. Le « choc mental » devient expérience d’une présence de Dieu nous dit Ghazali :

« Les états d’extase divine, c’est Dieu qui les provoque tout entiers. L’extase, c’est une incitation, puis un regard qui croît et flambe dans les consciences. Lorsque Dieu vient l’habiter ainsi, la conscience double d’acuité. C’est un état modifié de conscience. Une transe. La conscience se tourne alors vers une Face dont le regard la ravit à tout autre spectacle.

L’extase est un effet de la présence de Dieu. Mais l’âme au terme de son ascension mystique, peut ne plus avoir besoin de ces effets extérieurs de ravissement. Sa capacité d’amour s’est suffisamment agrandie, et maintenant

« la ferveur tout entière n’est plus que paix et amour suave. »

En Islam, le thème servant à exposer l’expérience mystique, c’est le cadre de l’ascension Nocturne :

« On sait, écrit Massignon, le rôle central de cette « extase » où Mohammed crut être transporté de la Mekke, d’abord sur l’emplacement du Temple(détruit)de Jérusalem, puis, de là, jusqu’au seuil de l’inaccessible Cité Sainte, où la gloire de Dieu réside. Cette visite, en esprit, de Mohammed à Jérusalem, est mentionnée en ces termes par la passion du Hallaj :

« Celui qui cherche Dieu à la lumière de la foi est comme celui qui guette le soleil à la lumière des étoiles »

“O Nuit, que tu te prolonges ou que tu t’abrèges, ce m’est un devoir que te veiller. » s’est écrié un jour Shoshtarî, le maître des chantres du Samaâ.

« La descente de Dieu ici – bas, chaque Nuit, pour réconforter les âmes ferventes », ce hadith est pour les mystiques, un symbole de la grâce. Dans son « Diwan », Hallaj écrit :

« L’aurore que j’aime se lève la nuit, resplendissante, et n’aura pas de couchant ».

La « Laylat el Hajr » de Hallaj paraissant viser la nuit de l’esprit, sous d’autres symboles : l’oiseau aux ailes coupées, le papillon qui se brûle, le cœur enivré de douleur, qui reçoit.

Le corps humain recèle, en son intérieur central, un morceau de chair(Mudgha), siège durant la vie d’un mouvement oscillatoire(taqlib, d’où le nom qalb), point d’impact des évènements spirituels. Le musulman retient la signification spirituelle du « cœur »., qui est dit le Coran le lieu du secret Divin. Ce secret des cœurs, commentent les mystiques, où seule pénètre la présence du Ségneur.

1. Prière sur le Prophète : Sla âla nbi.




Les haddarates se réunissaient autour de la çiniya dont joue la moqadma comme d’un instrument de percussion. Les autres haddarates l’accompagnent au rythme du tambourin, du bendir et des mains. Cette première phase, est fondée sur les prières sur le Prophète. On y pratique le dkr , en commençant par maudire Ibliss (Satan) :




Wadhab ya Ibliss âl aïn !

Ma tahdar li fi saâ

Rassoul Allah ândi âziz

Fi dhikrou n’sib raha




On appelle cette phase préliminaire Sla âla nbi (prière sur le Prophète). Elle comporte dhikr mais aussi invocation des saints : Moulay Abdellah Ben Hsein, Moulay Brahim, Moulay Abdelkader...Il y a des femmes qui peuvent tomber en transe en écoutant ces chants.




2. L’ouverture de la place : ftouh rahba.




L’ouverture de la rahba (la place où les esprits possesseur sont appelés à chevaucher les possédées...). Phase liminaire autour de la ciniya. Les Haddaratess ouvrent l’espace où les esprits doivent se manifester exactement comme font les Gnaoua : on dépose la tbiqa, et le hmal (le baluchon aux sept couleurs), les sept encens, l’eau de rose, le bois de cantal.. Après quoi, on passe au sérieux de la transe avec l’invocation des entités surnaturelles, les Mlouk(pluriel de Melk). A Chacun son Melk , à chacun son hal. C’est ce qu’on appelle la lila, chez les Gnaoua et la hadhra chez les Aïssaoua et autres « gens de l’ombre » : un rituel nocturne qui dure jusqu’à l’aube.




Les haddarates, animent cette nuit rituelle par trier , tambourins et bendir. À fur et à mesure que le rythme s’accélère et que les encens montent au ciel, certaines femmes tombent en transe. On invoque Moulay Abdelkader, le bouab (le portier) qu’on appelle aussi Hammadi, Mimoune, Mira, Aïcha des Hamadcha, Aïcha la bahria (de la mer)... chacun trouve son hal à l’invocation de l’entité surnaturelle qui correspond à son tempéremment, sa couleur préféré, et vient le posséder à ce moment. C’est ce qu’on appelle la hadhra chez les femmes d’Essaouira et qui ressemble à s’y méprendre à la lila des Gnaoua, mais sans gunbri, ni crotales.




























Une longue lignée de haddarates


Toute une lignée de Haddarates connues se succèdent a Essaouira, depuis plus d’un siècle :




« Il y avait une dame qui s’appelait Lalla Mina Seksou fouar (couscous fumé), qui organisait la hadhra dite de la chelha (la berbère). La maladie de Fatima Tammouna, n’a pas duré longtemps : elle est morte au bout d’une semaine. Les femmes disaient alors : « Notre espoir est en Allah seul ! Notre haddara est morte ! Qui va maintenant m’organiser ma hadhra alors que j’ai tout préparé : ma viande boucanée et toutes les autres nourritures des esprits ? Khadija, la sœur de la haddara décédée, était ma grand-mère. Elle est venue chez Lalla Hnya khouada, que Dieu ait leur âme toutes, et a déposé devant elle la çiniya, en disant à tout le monde : « lisez la Fitiha (la prière d’ouverture), c’est elle qui va désormais devenir la mqadma des haddarates. Mais peu de temps après Lalla Hnya , est morte à son tour. Après sa mort est venue Lalla Fatima Kit-kit a laquelle tu avais redu visite à derb Adouar au début des années 1980 . Elle était fatiguée au point de ne plus pouvoir quitter son domicile : Brika Belabbas lui a alors succédé ; une vraie haddara d’Essaouira, que ce soit par sa çiniya, son dhikr ou sa hadhra. Comme sa fille a trouvé du travail à Agadir, elle a quitté ainsi Essaouira. Mais elle a laissé une bonne relève : parmi lesquelles Lalla M’barka, Habiba Jouay, Aïcha Zaïter, Chama Dnadni, Lalla Zahya Qaddour dont le fils était boucher. Maintenant c’est l’une d’elle, Lalla Aïcha Zaïter(le thym) qui est Mqadma. Il y avait aussi lalla Fatima kaâkaâ (gâteau rond) qui excellait dans le chant de la chelha (le chant berbère). Après Lalla M’barka est venue Lalla Habiba Baqalla, en tant que moqadma. Quand celle-ci était fatiguée et ne pouvait plus voire, est arrivée alors, Aïcha Zaïter, l’actuelle moqadma des haddarates d’Essaouira. Parmi les accompagnatrices d’Aïcha Zaïter, on peut citer Lalla Jmiâ fille de Dada Yasmin, moi-même Rabiâ fille de Tammouna, et âbouch qui a une grande popularité et qui a des liens à la fois avec la hadhra et les Gnaoua. C’est aussi une Jeddaba. Elle joue donc un rôle très important au milieu des haddarates. »




Latifa Boumazzourh :

« Je suis maintenant âgée de 54 ans, et je me souviens encore, alors que je n’avais que quatre ou cinq ans, tenant un bendir recouvert de tissus, j’accompagnais grand-mère Aïcha Tamaïte, au Hadi Ben Aïssa, où la hadhra se déroulait jusqu’à l’aube. Déjà au 19ème siècle, il y avait à Essaouira comme Haddara, Fatima Tamaïte, la mère de ma grand-mère. Après elle, est venue sa fille Aïcha Tamaïte, Fatima Tammouna, Hniya khouwada, Lalla Bacha Tamou M’barek, Lalla Tamou Bennani, la femme de Moulay Omar le hautboiste, Fatima Kit-kit. »




Rabiâ haïl : « Notre première assemblée générale nous l’avons tenue à la zaouïa des Aïssaoua. Pourquoi ce choix ? Parce que nous nous sommes souvenues, que jadis la moqadma de la zaouïa des Aissaoua – à cette époque c’était Zaïd, mon grand père maternel qui était Moqadem. Et la moqadma était kaltoum la sage- femme, fille de Fatna Saleh. On l’appelait « Rbatia » ; elle était sage-femme connue à Essaouira. Elle était la grand-mère de toute la ville. Elle était sage-femme et moqadma de la zaouïa du Hadi Ben Aïssa. Au Mouloud, on y organisait un moussem où se retrouvaient les Aïssaoua et où étaient également invités les Hamadcha.. Après le sacrifice, on offrait tête et tripes à la moqadma. Au troisième jour des festivités, arrivaient les haddarat. C’est la moqadma qui organisait le hadhra.




Faire « revivre » la tradition des haddarates




« Nous devons imposer notre existante, car les haddarates d’Essaouira sont uniques au Maroc, nous déclare aujourd’hui Rabia Haïl. Mais quand nous avons voulu faire revivre cette tradition des haddarates, nous nous sommes réfugiées tout naturellement à la zaouïa des Aïssaoua, où jadis se déroulaient nos rituels. Nous y avons organisé l’assemblé générale constitutive de notre association, et on s’est mise d’accord pour y organiser des séances de dhikr chaque vendredi. Les femmes étaient enthousiastes, au point de nous aborder dans la rue, pour savoir s’il y aura une hadhra le vendredi prochain :




- On passe avec vous une après midi agréable, nous disent-elles, et cela nous fait du bien d’entendre des chants que nous avons perdu d’oui depuis si longtemps. »




Pour faire revivre ce patrimoine, nous avions l’intention d’initier les jeunes filles, car notre vie n’est pas éternelle. Un jour nous serions fatiguées et incapables de rythmer la mesure : il nous faut de la relève. Mais quand nous nous sommes présentées le Moqadem de la zaouia des Aïssaoua, celui-ci nous a mal reçues : il nous a signifié qu’il ne voulait plus nous voir à la zaouïa ! »




Latifa Boumazzourh, présidente de cette association des haddarates rapporte pour sa part :




« Le premier vendredi, on s’est rendues à la zaouïa où a eu lieu l’Assemblée Générale, avec l’accord du caïd, des autorités et tout. On nous a dit que ce que vous faites est bien. Nous avons écrit une demande à Monsieur le gouverneur qui nous a renvoyé à Monsieur le Pacha qui nous a renvoyé à son tour à Monsieur le Caïd et ce dernier au Moqadem (l’auxiliaire de l’autorité de tutelle au niveau du quartier). Apparemment, tout était en règle. Chaque vendredi, nous étions heureuses d’animer la hadhra au sein de la zaouïa. Nous étions toutes bien habillées avec l’intention de nous soulager et d’assister à des séances de dhikr. Mais dés le second vendredi, ce Monsieur (le moqadem de la zaouia des Aïssaoua)a commencé à nous fermer la porte :




- Seules les organisatrices peuvent y accéder, nous disait-il, mais pas leurs invitées ! ».




Au troisième vendredi, ce gardien des lieux s’est absenté pour la prière de l’Asr. Les haddarates l’ attendaient à la porte de la zaouia ainsi qu’une foule de femmes invitées qui les accompagnaient. Il nous a rendues malades, à force d’entourloupettes et de tergiversations ! Il ne voulait surtout pas que nous revenions là-bas. Je suis revenue chez Monsieur le caïd qui a dit à Monsieur le Pacha :




- Ce que font ces gens ne comporte rien d’illicite.




Et le Pacha de nous dire :




- Faites une demande aux hobous, (l’administration du culte qui relève du ministère des affaires religieuses)




. Lesquels hobous nous renvoient à la case départ : retour chez le gouverneur, le pacha, le caïd, les hobous, jusqu’à ce que nous soyons lassées. »




Que faire ? Elles se sont finalement repliées sur la sphère informelle et privé pour pratiquer leurs séances de dhikr et de hadhra.




Essaouira, vendredi 15 mai 2009

Abdelkader Mana

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